Photo ci-dessus : © Quentin Marteau

 

PUresse écrite

Le Soir – Catherine Makereel – 23 août 2012

Le Soir – Catherine Makereel – 4 janvier 2013

La Libre Belgique – Laurence Bertels – 23 août 2012

L'Echo – Didier Béclard – 12 janvier 2013

Moustique – Bernard Roisin – 15 janvier 2013

Metro – Nicolas Naizy – 18 janvier 2013

Le Journal du Médecin – Aristide Padigreaux – 18 janvier 2013

Magazine Alteo – Monique Hendrickx – Janvier 2013

 

WUeb

Rtbf.be – François Colinet – 15 janvier 2013

 

Le Suricate – Emilie Lessire – 20 janvier 2013

Culture et Compagnie – Keru – Janvier 2013

 

Radio

RTBF - Musiq'3 Interview de Marie Limet par François Caudron - 8 janvier 2013 RTBF - La Première - Le Grand Mag Interview Marie Limet et Laure Saupique – 11 janvier 2013

RTBF - La Première - Matin Première

Interview de Marie Limet par Marie Michiels – 11 janvier 2013

 

UTélévision

RTBF - La Une - JT 19h30 - 7 janvier 2013

ARTE Belgique - 50° Nord – 15 janvier 2013

Télé BruxellesJT de David Courier – 9 janvier 2013

Télé Bruxelles - Handiversité – 10 Janvier 2013

 

 

 

Tentant de conjuguer son handicap à l'imparfait dans un seul en scène, Marie Limet est plus que parfaite.

Sur la musique claudicante de Tom Waits, une pin-up sexy perchée sur des hauts talons entame une sorte de strip-tease langoureux… Sauf que très vite, quelque chose cloche. Et pour cause, une prothèse lui sert de second bras, manchon dont Vera se débarrasse tout en mettant peu à peu à nu son moignon. Cette starlette ainsi déséquilibrée questionne la normalité, la peur ("Je touche tout le monde, mais personne ne me touche"), et la pitié que sa monstruosité suscite: "Même les mendiants me foutent la paix".

Écrit, interprété et chorégraphié par Marie Limet, ce court seul en scène ne manque de rien. Par le biais de l'humour, de la provocation, de la poésie et de l'émotion, Tout le monde ça n'existe pas déclenche le rire, suscite malaise,  trouble et questionnement quant à l'anormalité et son contraire… atrophié du a. Comédienne, danseuse, marionnettiste voire ventriloque, la jeune femme livre une véritable performance dans une pièce qu'elle porte à bout de bras, imaginaire ou pas. Bref, une artiste complète dont le spectacle se révèle plus que valide. - 

Bernard Roisin 15/01/2013

Métro - Nicolas Naizy - 18 janvier 2013
Métro - Nicolas Naizy - 18 janvier 2013

 

Le handicap, en chair et en mots, au Théâtre de Poche

Mardi 15 janvier 2013 à 10h49- Entretien : François Colinet

 Le théâtre n'est pas notre spécialité, alors autant laisser à nos collègues... Sauf que parfois, on assiste à des spectacles auxquels on a absolument envie de donner un écho tellement ils nous ont bouleversé. Celui-ci est un seul en scène porté par l'actrice Marie Limet dont une des singularités est de vivre avec un moignon à la place de l'avant-bras droit.

Une pièce de " théâtre physique " qui présente le corps imparfait en mouvement. Un handicap dont elle a décidé de parler sans détours que ce soit sur scène ou lors de notre entretien. Rencontre sincère entre gens "hors normes"


Vous proposez un mélange de théâtre et de danse. Une façon de faire passer en douceur la dure réalité du handicap ?

Marie Limet : Cela m'est venu instinctivement. Je voulais utiliser le corps parce que c'est plus abstrait, moins direct et que ça va toucher le spectateur ailleurs et autrement. Il fallait cependant que je dise certains mots, même parfois des mots durs, que j'ai entendus et qui m'ont marqués, des mots qui blessent qui questionnent. J'aime les histoires que les corps racontent. J'avais envie de montrer que ce corps hors norme pouvait aussi bouger, danser, jouer et émouvoir. Tandis que les mots sont plus généraux. Beaucoup de personnes handicapées reconnaissent, je crois, ces mots blessants, ces réflexions maladroites.

Votre personnage se sert d'une prothèse au début de la pièce. Cherchez-vous à masquer votre différence ?

Marie Limet : Je me suis posé la question de la prothèse par ce que les gens autour de moi me la posaient. Mais depuis toujours je la considère comme une insulte. Elle ne me sert à rien sauf à faire semblant d'être comme tout le monde. Je ne veux pas nier ma différence même si mon handicap n'est pas au centre de ma vie. Je ne veux pas me cacher, m'adapter pour plaire, c'est fini c'est trop dangereux, je me suis perdue là-dedans !

Avez-vous vécu des rejets, à cause de votre handicap, quand vous avez voulu prendre des cours de théâtre ou de danse ?

Marie Limet : Je n'ai jamais eu de rejet dans le théâtre, ma première prof était vraiment super ! La danse c'est autre chose. Lors des auditions, je captais l'attention des gens sans rien faire. Le manque était plus visible et puis techniquement, c'est plus embêtant. Par exemple, comment utiliser la barre ? Mon équilibre n'est pas le même que celui de quelqu'un qui a deux bras. Mon corps, même sans bouger, raconte une histoire très particulière...

Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre l'aspect artistique et les éléments autobiographiques de la pièce ? 

Marie Limet : Je n'ai pas décidé de jouer cette pièce du jour au lendemain. cela s'est fait petit à petit et heureusement ! Au début, je n'avais pas conscience de la difficulté de porter cette histoire, d'interpeler les représentations et les peurs des gens, de susciter leurs réactions. Il faut voir cette pièce comme la rencontre de deux artistes, Laure Saupique et moi-même, autour d'une thématique qui est personnelle à l'une d'elle.

Ce n'est pas ma vie même si le spectacle est rempli de moi. Vera, c'est une femme qui a une grande gueule derrière laquelle elle planque ses fragilités et sa peur de ne pas être assez bien pour être aimée. Elle s'est construite une carapace, ce que nomme joliment Mano Solo "une armure contre la rue". Comme je le dis dans le spectacle, on se s'habitue jamais au regard des gens car il y a toujours de nouveaux gens qui ne nous ont pas encore vu. Ce spectacle est une ode à la fragilité. On peut être très fort si on reconnaît sa propre fragilité.

Une armure que vous n'hésitez pas à retirer en vous déshabillant sur scène...

Marie Limet : Je me suis toujours dit que je ne me mettrais pas nue (ou presque) sur scène juste pour choquer ou parce que c'est à la mode. Ici, cela a tout son sens puisque Vera est prête à tout pour qu'on l'aime, un peu comme une prostituée. Et puis, cela permet de rattacher cet "avant-bras qui manque" au corps en entier. Le corps et la personne dans ses multiples composantes, c'est important !

Pendant le spectacle vous jouez avec les définitions des mots. Vous leur donnez une vraie importance ? 

Marie Limet : Je préfère parler de personne qui vivent avec un handicap, plutôt que d' "être handicapé". Les mots sont très chargés et souvent ils le sont négativement, ce qui n'aide pas vraiment à se regarder de manière bienveillante.

Qu'est-ce qui vous a permis de vous voir plus positivement ? 

Marie Limet :Le soutien, l'amour et la tendresse que j'ai reçus de mes proches, cela à beaucoup compté. Mais la sérénité je ne l'ai pas tous les jours ! L'aventure avec le Théâtre de Poche, l’intérêt du public et de la presse pour cette pièce me font beaucoup de bien. Cela contribue aussi à me réconcilier avec le regard du monde. Avant, il y avait moi d'un côté et les gens de l'autre. C'était une sorte de guerre. Toute la bienveillance et l'admiration que je ressens maintenant me permet de changer ça.

La danse m'a permis d'apprivoiser mon corps, de passer de l'image et des idées au ressenti et à l'expérience. La vie est mouvement et danser, c'est une manière pour moi (quand ça se passe bien) de faire la paix avec moi-même et de me sentir libre. C'est important de ne pas rester dans le "vouloir que les autre changent". La question c'est "Comment moi je peux arriver a m'aimer et à me laisser aimer ? Comment arriver à soigner ces blessures, ces regards qui m'ont fait mal et qui ont fait que je me suis construite contre les gens, contre le monde. ? " C'est à moi de changer ce regard.

La voix rocailleuse et la musique de Tom Waits vous accompagne...

Marie Limet : Dans le spectacle, la chanson "Nobody" de Tom Waits dit "Personne n'est assez forte pour t'aimer". Cette chanson est un des piliers du spectacle, elle m'en a inspiré la structure. Depuis que je suis toute petite, je me dis : "Tu as intérêt à être plus que parfaite pour qu'on t'aime... un peu !" Du coup Vera est prête à tout pour qu'on l'aime !. La vie avec ce handicap n'est pas simple mais je me rends compte qu'on est tous dans la même galère. Les souffrances et les joies sont différentes mais il y a des moments difficiles pour chacun. J'aime cette citation de Platon qui dit "soit bienveillant avec chaque personne que tu rencontres car chacun mène un dur combat".

" Tout le monde, ça n'existe pas ! " De et avec Marie Limet. Mise en scène Laure Saupique 

Au Théâtre de Poche, Bruxelles, jusqu'au 26 janvier

De la détente, de l'émotion et de la réflexion : quand un spectacle arrive à vous livrer simultanément ces trois éléments, il a une vraie force ! En donnant vie à Vera à travers son propre corps marqué par le manque d'un avant-bras, Marie Limet réussit une performance unique : parler du handicap et de la dictature du corps parfait en étant à la fois légère et percutante. Ce corps qui ne peut laisser indifférent, elle le montre en mouvement avec grâce et sans pudeur. Un spectacle à la fois cru et soyeux qui vient titiller la fragilité de l'humain en rappelant, à ceux qui en douterait encore, que l'on peut vivre avec un handicap et être comédienne, danseuse, séductrice, mélomane et plein d'autres choses encore... ! FC

 

CULTURE ET COMPAGNIE 

 

"Percutant, poétique, sensuel, intelligent, audacieux. Vera est différente, bizarre, spéciale, étrange. Elle est prête à tout pour qu’on l’aime. Provocante et rock’n roll, perchée sur ses hauts talons et planquée derrière ses lunettes, ses tours de magie et sa prothèse Colruyt en promotion, Vera va briser l'image que vous avez d'elle. Petites et grandes personnes, apprêtez-vous à trembler : Vera va vous faire son cirque de femme moignon et vous parlera de façon monstrueusement honnête. Sur fond de Tom Waits, elle vous proposera de mettre un instant vos pieds dans ses baskets avant de tomber le masque et de vous faire découvrir toute la fragilité cachée derrière son personnage de magazine. " 

One-man show sur le thème du handicap, cette pièce de Marie Limet mise en scène par Laure Saupique est un magnifique conglomérat d’honnêteté, d’humour, de tristesse, de cynisme et de réalisme.

Affublée d’un handicap, d’un manque, d’un défaut, « Vera » crie à qui veut bien l’entendre que cela ne l’empêche pas, contrairement aux définitions inhérentes à ces attributs, d’être aussi humaine que tout un chacun. Via une exquise gestuelle émotive et une gestion de l’espace parfaitement maitrisée, elle démontre le caractère intrinsèquement humain de la différence, de la dissemblance, de l’errance.

 

Un humour noir, piquant et cynique, donc. « Vera », de par son handicap ostensible, se dit exaspérée par les gens « normaux » qui lui rappellent sa condition mais également par les handicapés qui lui rappellent, eux, qu’elle n’est pas « normale », qu’elle fait partie de cette autre communauté des gens qui ont un problème, un truc qui cloche, un truc cassé, un truc qui manque. D’où sa question pertinente :

« Et on fait quoi avec les trucs qui sont cassés ? »

Des questions pertinentes, Vera en a un paquet et elle nous les pose sans vergogne, tout en nous laissant la latitude d’y répondre nous-mêmes ; elle nous pousse ainsi à la réflexion, à la comparaison, à la transformation, transformation dont elle a si souvent rêvé elle-même. Pour elle, l’enfer, ce n’est pas les autres, mais nos peurs que les gens, en miroir, nous renvoient. « Cul-de-jatte » « bec-de-lièvre », « moignon », « dents de lapin », ou encore « strabisme », tels sont des exemples d’attributs qui ne concernent pas tout le monde, qui nous touchent pourtant tous, d’une manière ou d’une autre. 

Peut-être un peu trop autobiographique, cette pièce, soutenue par la musique de Tom Waits, est néanmoins prenante et poignante, à l’image de sa seule et unique héroïne.

Keru. Janvier 2013

Tout le monde ça n’existe pas 

Accepter le handicap

Il faut saluer la démarche courageuse, militante, interpellante, provocatrice et probablement auto-apaisante entreprise par Marie Limet. Celle de mettre sur scène son handicap. 

Handicapée physique, la jolie Marie Limet en a eu assez des remarques saugrenues, des suppositions niaises, des tabous indécrottables, des dégoûts plus ou moins exprimés, des pitiés larmoyantes suscités par le simple fait de n’être pas « comme tout le monde », comme si tout le monde était semblable.

Ce faisant, elle s’est placée dans une situation qui suscite des questions à propos de ce qu’est la représentation théâtrale. Au théâtre, pour que ce qui est montré paraisse vrai, il faut que ce soit artifice, symbole, transposition. Dès que le réel brut se trouve sous l’éclairage des projecteurs, il ne transforme pas sa réalité en fiction dramatique. Il crée un malaise et prend le pas sur le contenu qu’il est censé porter. Il devient essentiellement quelque chose que l’on voit, quelque chose envers quoi le spectateur se trouve inéluctablement en position de voyeur. Et donc l’objectif poursuivi n’est pas totalement atteint.

Il est impératif d’avoir une distance pour devenir un sujet de débat, d’émotions. Quand des humoristes comme Guy Bedos, Pierre Desproges, Dany Boon ou Patrick Timsit parlent de handicap, ils provoquent (dans les deux sens de ce verbe) le rire. Et font réfléchir. Quand Marie Limet se lance dans son discours, elle fait assurément preuve d’audace et de courage. Mais ne parvient pas à être tout à fait drôle, ni à aboutir à l’efficacité redoutable de l’humour noir qui est étranger à l’agressivité.

Elle a sans doute aussi ressenti au plus profond d’elle la difficulté à dépasser le premier degré. Afin d’y parvenir, elle a opté pour une sorte de parodie-pastiche de numéros de danse et de variété. Faute de nourrir le propos au moyen d’un véritable texte ou d’un véritable choix dramatique diversifié, elle se contraint à rejouer, comme en écho, le même genre de chorégraphies et de chansons.

Il n’y a plus alors de progression mais un ressassement. Il n’y a plus empathie mais scepticisme, défiance. Et, si notre sympathie lui reste acquise, il est regrettable qu’elle n’ait pas, avec l’aide de plusieurs regards extérieurs, poussé plus avant sa démarche qui aurait alors davantage pris une portée universelle.

Rendez-vous à prendre, lors d’une prochaine production quand l’idée aura mûri  et donnera l’occasion de passer d’un objet donné à voir à un sujet traité de manière à nous aider mieux encore à accepter le handicap en tant que composante humaine de notre société.

Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy, le 23 août 2012